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Musical Journey in USA round 2



le 29 avril 2011 
 IMPROTECH 
 
 Emmanuel Parent 
 



"Storytelling"

 

Par Emmanuel Parent (textes et photos)

Samedi après-midi, sur Frenchmen street. Nous croisons nos amis Jack, George, Brad et Bill, à la même terrasse qu’hier, celle de la Marigny Brasserie, avec sensiblement les mêmes verres devant eux. Nous nous asseyons à leur table comme de bons amis. Nous avons un peu de temps à perdre et c’est précisément leur spécialité. Ils nous initient à une belle session de storytelling. Les amateurs de bars du monde entier s’y exercent, mais les Américains ont développé depuis longtemps un art consommé de la narration. Ces histoires sont parfois appelées des Tall-tales, des histoires à dormir debout, qui remplissent les veillées des soirs d’été à la campagne. Dans la tradition noire, c’est autant les cafés ou les épiceries que les barbershop qui sont les réceptacles de cette forme très vivace de littérature orale. Faulkner lui a fait une place admirable dans son œuvre, notamment dans « Go Down, Moses ».

Et là, en assistant aux échanges enjoués de nos amis, sur fond de jazz live permanent qui s’échappe dont ne sait où à la Nouvelle-Orléans, c’est un aspect essentiel de la culture orale du Sud qui nous est donnée à entendre. Il y a là quelque chose qui se jouera le soir en musique dans les meilleurs clubs de la ville : ce sens de l’interaction, de l’improvisation, de l’histoire bien racontée, et surtout, cette ironie mordante qui fait de l’American Humor un pilier essentiel du rapport au monde des Américains. Il s’agit là d’une manière de survivre à tous les désastres, naturels ou sociaux, qui semblent menacer ici en permanence. (Il n’est que de voir le goût des Américains pour les bulletins météos d’une heure de long, annonçant des catastrophes imminentes, comme cette tempête avec laquelle nous jouons au chat et à la souris depuis notre départ en voiture à travers le vieux Sud.)

George fait partie des Katrina Survivors, ceux qui n’avaient pas qu
itté la ville lors du passage de l’ouragan. Lorsque l’armée a finalement été diligentée sur place, après plusieurs jours d’incurie gouvernementale, les National Guards (soit l’armée fédérale, qui, pour les habitants de la Nouvelle Orléans, jouit d’un crédit à peu près similaire à la Guardia Civil pour les habitants du Pays basque) ont parqué dans le stade de la ville, le Superdome, tous ceux qu’ils n’avaient pas réussi à s’enfuir de leur maison. Soit plus de 30 000 personnes bloquées dans des conditions inhumaines, sans eau et sans nourriture, pendant plusieurs jours. Les National Guards ne rentraient même pas dans le stade, mais restaient, armés, à l’extérieur de l’enceinte du Dôme. George nous raconte sur le ton de l’humour le décalage entre le traitement que leur ont fait subir les autorités et les interventions pleines de bonne volonté mais complètement inutiles des groupes humanitaires. Nous rencontrerons bientôt à Athens en Géorgie une folkloriste américaine spécialisée sur l’humour populaire. Elle nous dira s’intéresser spécialement à la manière dont les catastrophes font rapidement l’objet de blagues, qui circulent ensuite dans la population. L’humour américain, disait Ellison, est précisément là pour se prémunir contre l’absurdité de la condition humaine. Ellison disait aussi du blues qu’il était une catastrophe personnelle racontée de façon lyrique…

« George : Yes I have been six days in the superdome. Six days. That was a great experience.

Jack : Well George, tell them how hard it was. [S’adressant à moi] This is a story that you will get from no one else about Katrina !

George : They welcomed us with open arms.

Jack : Yeah, tell ‘em about the buddhist group.

George : Yes. This buddhist group comes in. And they throw us in different parts, and every part gets us a one hundred dollars certificate for Wallmart [le supermarché local].

Éclat de rire général : Ahahahahahahah

George [joignant ses mains et regardant au ciel] : Well thank you !

Jack [s’adressant à moi] : Wait, it’s just begining, you gonna love it.

George : A couple of days later, Red Cross comes. Everybody gets a 360 dollars. You know, they had booze, videos, and jazzband for us. Then comes a paiement cheque for two thousands dollars. Plus the $100 certificate from the Buddhist group.

Bill [trinquant avec George] : Ouarf arf arf, I drink to that again !
Jack [s’adressant à moi] : They call him Two-quarter George for a reason. Arfarfarf !

George : And I’m like, well… I don’t know anymore if that hurricane is good or bad, you know. I don’t know what’s gonna happen to New Orleans, but… I like this ! I mean there is such irony in this. This was supposed to be a disaster and I did not expect this. I did not know what to do with my money.

Jack [s’adressant à moi] : Yes, George in one of the few who raised his standards with Katrina. »



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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