Raphaël Imbert

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Musical journey in USA # 3






Day # 3 “Ça se passe à la rue des français”

 

le "Matassa's" de Cosimo Matassa
Mississippi !
Sarah and Matt before gig
Bruce and Lynn at Hogan Jazz
Bruce Sun Pie at Jazz National Park

Ça y est, j’ai emménagé chez Sarah qui me prête son appartement pendant quelques jours. On ne peut pas faire plus central, sur Royal Street vers Esplanade Avenue. Ceci étant, c’est beau le French Quarter, mais fuyons loin de Bourbon Street et ses bars à touristes qui explosent les records de décibels dans un brouhaha indescriptible, et traversons Esplanade, avec ses chênes centenaires, dont certains sont recouverts de “spanich mousses”, ces cheveux verts fameux qui pendent des branches et qui sont une des marques de fabrique de la Louisiane. Là on se retrouve sur Frenchmen Street, c’est là que je vous ai montré le Snug Harbor, et le Spotted Cat. Une voiture rutilante, fifties en diable, tourne au coin de la rue et passe devant nous, le conducteur nous fait un signe de la main, comme tout le monde que l’on croise dans la rue ici : “how ‘u doing ?” est quasi-systématique, comme le village qu’est New Orleans en fait. Vu la voiture, on aurait pu presque s’attendre à Elvis, mais c’est Allen Toussaint en personne qui se balade dans Marigny ! Vous avez vite compris qu’ici tout est affaire de légende, je ne serai pas surpris de croiser Fats Domino a l’épicerie. J’exagère ? Et bien en parlant d’épicerie, retournez un petit peu sur le nord de French Quarter, un peu avant Rampart Street, et vous trouverez une épicerie italienne, fort sympathique et somme toute assez banale. “Matassa’s” ça s’appelle. Cela ne vous dit rien ? Mais si, voyons, Cosimo Matassa, cet italien qui a enregistré tout le monde du Rythm&Blues à New Orleans dans les fifties et sixties, parfois avec un seul micro, des tubes de Fats Domino’s "The Fat Man", Dr John, Smiley Lewis, Bobby Mitchell, Tommy Ridgley, Little Richard’s "Tutti Frutti", Ray Charles, Lee Dorsey, etc.... Une légende, je vous dis, l’Histoire juste devant vous, qui s’est retirée avec les honneurs pour s’occuper dans les années 80 de son entreprise d’épicerie familiale. Parait-il fatigué, on le voit rarement maintenant, mais avec un peu de chance on peut encore le rencontrer derrière le comptoir, ayant la réputation de distiller son savoir-faire de producteur et d’ingénieur avec générosité. J’y retournerai demain tenter ma chance. Mais pour le moment, suivez moi sur Frenchmen, la musique commence tôt ici, vers 6 heures. Et vous découvrirez rapidement qu’il ne faut pas espérer venir avec un instrument sans monter sur scène. A peine poussée la porte du Spotted Cat, la chanteuse, façon oldies, magnolia dans les cheveux, vous apostrophe et vous invite à monter sur scène. Elle pousse même le vice jusqu’à vous appeler par votre prénom, son guitariste, Matt, celui qui accompagnait si bien Sarah Quintana au Mimi’s, ayant très discrètement murmuré mon nom à la chanteuse, rien que pour voir ma tête quand elle m’a appelé à monter sur scène, alors que je ne la connaissez pas ! C’est un jeu ici, tout le monde connait tout le monde, c’est un village je vous dis ! Vous êtes bon pour jouer des standards dont vous n’avez strictement jamais entendu parler, et qu’on vous présente comme si c’était du Michael Jackson. Bon exercice au demeurant... On remet ça avec Sarah au Balcony, jusqu’à 1 heure du matin, en ayant profité des pauses pour entendre du folk en face, du pure et magnifique musette dans un restaurant japonais, des brass bands de passage, ou les Low-Stress quintet, du funk-jazz démentiel qui groove à 200 db (prévoyez les bouchons...). Bref, si tous les musiciens parlent de communauté ici, ce n’est pas pour rien. Ils jouent pour rien, ça oui. Le chapeau est une institution bien implanté, et bien pratique pour les patrons me semble-t-il. Mais face à mes interrogations, on me répond : “La Nouvelle Orleans ne serait rien sans la musique. Notre travail consiste à maintenir un niveau d’échange important, pour que la ville ne sombre pas, surtout après Katrina, nous maintenons la communauté pour la communauté, ce n’est pas une question d’argent”. Comprenez la communauté des musiciens, pas de distinctions communautaires dans le propos. Ce discours revient dans toutes les conversations, c’est une affaire de communauté et de survie, la ville étant de toute manière pauvre depuis très longtemps. Par contre, la marée noire commence à devenir une source d’inquiétude, beaucoup se demande si ce n’est pas la catastrophe de trop. Et puis sans le bayou, que devient la Louisiane ? Ce n’est pas seulement un écosystème biologique qui est menacé, c’est un écosystème global, culturel, sociologique. D’ailleurs, dans quelle autre ville rencontrez-vous des rangers employés par le gouvernement via le National Park Dpt et affectés exclusivement à la défense du Jazz et de la culture musicale néo-orléanaise ? Bruce “Sun Pie” Barnes est un authentique ranger et remarquable musicien qui informe les visiteurs au New Orleans Jazz National Historical Park, sur les rives du Mississippi, d’une manière originale, passionnante, savante. Nous irons le retrouver demain pour un échange plus poussé. Les passionnés ne manquent pas ici, mais en plus d’être passionnés, ils sont souvent très compétents, attentifs et ouverts d’esprits. Pour s’en convaincre, prenons le fameux streetcar, le tramway qui n’a visiblement pas bougé depuis 1900, et traversons le Garden District pour nous retrouver à la Tulane University. Immense campus à l’américaine, parc verdoyant, bâtiments néo-renaissance, le kit complet du monde universitaire US. Mais après s’être immanquablement perdu dans ce labyrinthe magnifique, vous trouverez enfin le Hogan Jazz Archives, tenu par Bruce Raeburns et Lynn Abott. Peu avare de leurs temps, Lynn et Bruce vous font découvrir un centre de documentation unique au monde, consacré à l’histoire orale du jazz, avec près de cinq cents interviews orales de vétérans de la Nouvelle Orleans, des milliers de livres, dont ceux de Robert Palmer (pas le rockeur, le critique du New York Times) et d’autres collections qu’ils tentent de restaurer après Katrina, les archives de Robicheaux, des milliers de vinyles, de 78 tours, même des formats Edison avec appareil d’origine en état de marche ! Le fond photographique Ralston Crawford est impressionnant ! Nous voilà plongé dans le New Orleans des années cinquante, avec une iconographie sublime des rues et des orchestres de l’époque. L’interview avec Bruce Raeburns est passionnante, il confirme sans le savoir l’idée de communauté globale soutenue par la communauté musicale, depuis le 19ème siècle, dans une ville pauvre qui a besoin de lien social, de mutuelle assistance. Il connait très bien l’EHESS, et attend avec impatience notre retour en octobre avec Jean Jamin et Jean-Paul Colleyn. Vous vous rendrez compte donc qu’un bon mois ne suffirait pas à combler notre curiosité dans cette vile, et dans ces archives....
Autre ambiance, vers Marigny, rencontre étonnante avec un musicien qui n’est pas originaire d’ici mais symbolise sans doute parfaitement l’ouverture de cette ville. Jonathan Freilich a grandi en Angleterre et en Californie, mais il vit depuis 20 ans ici. “Pourquoi ?” lui demande-je ? “Pour la communauté musicale”. On y revient. Il m’explique qu’il est resté ici parce qu’en quelques semaines il a joué avec les plus grandes légendes, disponibles, une source d’inspiration unique. Attention, Jonathan n’est pas de ceux à cultiver un passéisme quelconque. Il est même assez sévère avec les musiciens muséographes qu’il peut croiser ici. Et il suffit d’entendre le Naked Orchestra pour comprendre ce qu’il entend par communauté musicale. Jonathan m’avait impressionné il y a deux jours en jouant des traditionnels avec Wasboard Chaz et Alex McMurray. Les questions de styles n’ont pas de prises sur lui, comme de nombreux musiciens ici, et après de longs échanges dont je donnerai bientôt les transcriptions, il découvre avec stupéfaction le logiciel Omax, dont je lui fait une démonstration succincte, le coffee shop, charmant au demeurant, dans lequel nous discutons n’étant pas le lieu idéal pour ce genre d’expérience. Mais justement, rendez-vous est pris en octobre pour organiser une session Omax avec d’autres musiciens. D’ailleurs il me parle de son professeur Carl Leblanc, guitariste au Preservation Hall Jazz Band, et qui a joué longtemps avec Sun Ra !

En tout cas, venez à New Orleans, mais venez sans oeillères, sans préjugés, sans bagages, on vous aura prévenu !



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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