Raphaël Imbert

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Musical Journey in Southern USA round 3



le 19 octobre 2012 
 Improvisation 
 
 IMPROTECH 
 
 USA 
 



Day #1 "Peach Tree Meetings"

 


Ne demandez jamais votre rue à Atlanta ! Si jamais vous avez le malheur de chercher une adresse qui commence par « Peachtree », les réponses risquent de vous plonger en plein cauchemar. C’est que la plus grande ville de Géorgie (le « Peach State »…) a au moins une trentaine de rues, avenues, places, impasses, si l’on en croit le GPS, qui ont pour nom l’arbre fruitier. On comprend l’engouement pour celui-ci une fois que l’on prend le rythme et le pouls de cette ville, qui compte près de 6 millions d’habitants dans toute l’agglomération. C’est pourtant une indolence toute sudiste et fruitière - une douceur qui ne masque pas malgré tout les tensions sociales – qui vous accueille dans cette capitale ultra-moderne et tranquille. J’aime Atlanta, je m’y suis senti bien dès que j’y étais arrivé lors de mon premier voyage de recherche pour IMPROTECH, en 2010. J’entame aujourd’hui mon troisième séjour, un peu à l’inverse des précédents, en commençant non plus par New Orleans, mais par la Géorgie, où j’ai déjà de nombreux souvenirs, et de belles rencontres et amitiés qui m’attendent. Je joue vendredi soir au High Museum, dans le cadre de France Atlanta2012, et je repars samedi à New Orleans. Plutôt devrais-je dire, nous repartons. Car je suis avec Régis Michel, le réalisateur qui me suit à nouveau, Marion Rampal, qui participera au concert de vendredi, et Martin Sarrazac, son compagnon et réalisateur également. Le passage à Atlanta peut sembler rapide, mais nous y reviendrons début novembre pour terminer notre « quête ».
Laissez vous dire quelque chose d’abord sur les américains, les sudistes particulièrement. Quelle formidable capacité à être à la fois TRES à cheval sur les principes, limite autoritaires, et en même temps conviviaux, chaleureux et attentifs. Dès l’arrivée à l’aéroport, au fatidique contrôle des passeports (toujours une expérience !), après des péripéties françaises liées au VISA dont je passe les détails (mais qui mériteraient à elles seules un article, et qui m’ont coûté une somme « modique »), je me retrouve face à un fonctionnaire tatillon, et apparemment peu enclin au dialogue des cultures. J’ai donc un VISA, un P3 plus exactement, qui me permet officiellement de faire mon concert, et non pas le visa touriste délivré directement à l’arrivée, après avoir rempli sur le WEB le désormais populaire formulaire ESTA, et qui interdit toute activité professionnel. L’agent me regarde, et me demande, dans un accent sudiste à couper au couteau : « jouez-vous pour un événement culturel UNIQUE » ?

« Euh, oui », je lui réponds. « Je joue au High Museum vendredi soir, d’ou le visa ».

« Oui, mais le P3, c’est un visa qu’on obtient si vous représentez un savoir-faire unique, que vous êtes le seul à posséder, d’ou l’événement culturel UNIQUE »
.
En gros, il s’agit de ne pas piquer du boulot aux américains. S’il savait, je fais le concert « pour la gloire », on ne peut pas dire que je pique le boulot de qui que ce soit et que j’en retire beaucoup de subsides. Mais je biaise, il vaut mieux : « Non, mais je viens jouer pour le Consulat Français (ce qui est vrai) pour un événement français, de la musique française ». Dans l’instant, je me sens un émule de Marcel Mule.

« Non, parce que si vous venez ici jouer du ragtime jazz dans les bars, ça va pas le faire ! » me dit-il le regard méchant, avant d’éclater de rire, de me tamponner mon passeport et de me souhaiter une bonne soirée. Je ris de bon cœur, me demandant toutefois s’il ne se fiche carrément pas de ma pomme, mais mieux vaut laisser filer ! Ne prenons pas le risque de lui parler de mon programme pour les prochaines semaines, et profitons d’une liberté bien méritée.

J’en profite justement, le lendemain. Je me rends à la First Congretionnal Church en plein centre ville, après deux interviews radiophoniques dont l’une dans la grande université afro-américaine de la ville (mon anglais semble convenir !). Le pasteur de l’église est Dwight Andrews. Professeur à Emory, et compagnon de route de Geri Allen, Wadada Leo Smith, Henry Threadgill, Jack Dejohnette, le bonhomme à plusieurs vies, passionnantes. En tant que pasteur et professeur, il travaille sur le sacré dans le jazz ! Autant dire que je suis content de faire sa connaissance, après de nombreux coups de fils et échanges mails, et visiblement c’est réciproque. Il travaille régulièrement avec le consulat, et a témoigné d’un intérêt certain pour mon travail, à tel point qu’il m’invite le 3 novembre prochain à jouer dans son église (on en reparlera). Pour l’heure, il nous ouvre chaleureusement ses portes pour la répétition du concert du High le lendemain, avec deux musiciens qu’il m’a conseillé, Chris Riggenbach (bassiste) et Henry Conerway III (batteur). L’endroit est sublime, une église classée de 1908 entièrement rénovée, en bois (l’acoustique est magnifique), avec sur l’estrade piano à queue, orgue numérique et véritable B3 avec cabine Leslie ! Tout autour des vitraux néo-classiques, avec de nombreuses représentations du Christ. L’un représente Abraham Lincoln, l’émancipateur ! Les musiciens se révèlent parfaitement à l’écoute, efficaces, à l’aise sur les standards comme sur mes compositions. Premier morceau joué dans l’instant, après de rapides salutations, un blues en Bb qui se transforme en « Blues Connotation » d’Ornette Coleman. Tout le monde sourit, s’apprécie après quelques interrogations d’usage. Henry ouvre discrètement son Mac pour filmer le morceau en train de se construire. Il enregistrera ainsi toute la répétition. Dwight reste sur un banc du temple. Je lui demande s’il veut se joindre à nous. Il me dit « Non, travaillez pour le concert de demain. Moi, ça m’inspire pour le concert de novembre ». La répétition passe à une vitesse folle, vivement le concert ! Henry, au moment de ranger son matos, me glisse qu’il joue ce soir-même, et qu’il serait content de nous voir là-bas. Rendez-vous est pris, mais la soirée ne fait que commencer.

C’est qu’en dehors du concert, je reprends aussi mes activités de chercheur-improvisateur-arpenteur dans le cadre d’IMPROTECH ! Si vous avez suivi mes précédentes pérégrinations, vous vous rappelez sans doute de mes rencontres avec les bluesmen de Music Maker Foundation. Or, ce soir, ce n’est pas moins de trois artistes de la fondation, et non des moindres, qui jouent en ville. Eddie Tigner (veille connaissance) et Albert White sont au Fat Matt Rib Shack, et l’immense Beverly « Guitar » Watkins au Blind Willie’s.

On fonce, Régis, Marion, Martin et moi, au Fat Matt, qui porte bien son nom. L’équivalent de la consommation annuelle de graisse animale de l’Inde doit être brulé chaque soir dans les immenses barbecues du lieu, réputés les meilleurs de la ville. Dans un coin de la salle quelconque mais jonché de souvenirs des bluesmen qui y sont passés, une minuscule scène pour un groupe dont le public semble d’abord n’avoir que faire. Mais c’est faux, ici, on mange, on boit, on écoute, on parle, c’est la même chose. Pour manger, on mange, mes compagnons en profitent, avec ces ribs (côtelettes de porc) vaguement sucrés. Moi, végétarien (ne pas trop le dire dans ce genre de lieu), je me contente de Cole Slaw et de salade de pomme de terre. On parle avec Albert White, superbe guitariste, un habitué comme Eddie des tournées de la Music Maker Revue en Europe. On prend rendez-vous pour notre retour, dans dix jours.

On fonce, direction le Blind Willie’s, pas très loin. Un lieu entièrement dévolu au Blues, et ce soir, à sa grande prêtresse, Beverly « Guitar » Watkins. Le show est parfaitement huilé. Le « backing band », d’excellente facture, joue déjà quand on arrive. Le guitariste est vraiment hallucinant, le chanteur-harmoniciste-saxophoniste est à l’avenant. Mais le public est clairement venu pour « elle ». Et elle est enfin annoncée, à l’américaine ! Elle monte, doucement, magnifiquement vêtue d’un complet rouge. Elle a soixante-quinze ans au bas mot, et elle va démontrer que le blues conserve. Sa voix sonne comme une rocaille, il faut fermer les yeux pour croire qu’un son pareil sort de cette femme assez chétive malgré tout. Elle prend la guitare et chaque note cingle comme une épine. Elle est entourée, hors scène, par un staff « familial » et déjanté, qui promeut disques et articles dérivés, une affaire qui marche, et heureusement, car nous assistons à l’une des plus soirées blues que j’ai vu depuis longtemps. Régis parvient à lui parler à l’entracte, elle avoue ne plus trop travailler avec Tim Duffy de Music Maker, sans que l’on sache s’il y a un problème ou juste une envie de passer à autre chose. Mais les disques Music Maker sont bien là, et elle semble heureuse à l’idée de nous revoir lors de notre retour à Atlanta.

On fonce. Direction le « Churchill Grounds » à côté du fameux FOX theater. Magnifique salle genre art déco. Une belle scène avec un nombre impressionnant de musiciens, de percussions, beaucoup moins de public dans la salle. L’ambiance est tout à fait différente de prime abord. On se croirait aux meilleures heures de la « loft génération » ou de l’arkestra de Sun Ra. Chaque jeudi, le « Pure Soundz » se réunit ici pour jouer, sans thème, sans standard, le but est d’inventer par l’improvisation des morceaux qui oscillent entre free et funk. Henry nous accueille chaleureusement, et nous invite à monter sur scène quand on veut. Sur scène, les solistes se succèdent, tous sont inventifs, parfois géniaux, comme ce trompettiste bluffant dont je demanderai le nom demain à Henry. Chaque solo dure au moins 15 minutes, et je peux comprendre que le public ne suive pas ! Mais l’ambiance est profonde, intense, presque trop sérieuse, mais indéniablement créative. Détail : tous les musiciens sont noirs, et assez jeunes, à la mode « street wear », mais ayant visiblement une connaissance complète du jazz moderne et contemporain. Seul le pianiste, original et leader de la soirée, affiche une soixantaine bien tassée. Sur une soirée comme celle-là, les comparaisons sont frappantes. Eddie Tigner et Albert White, la veille génération du blues, joue une musique ancestrale mais toujours actuelle pour un public mixte qui semble d’abord venir pour les ribs. Beverly « Guitar » Watkins joue avec un « backing band » blanc pour un public d’afficionados mixte mais majoritairement blanc. Les jeunes créateurs du « Churchill Grounds » jouent une musique que nos puristes essentialistes considéreraient comme « peu représentative de la tradition noire » dans un contexte quasi-exclusivement afro-américain, revisitant et réactualisant une manière de faire que l’urbanité noire avait créé et développé. Comme toujours dans le Sud, les attendus et les mythes ne sont pas là où nous croyons les trouver à priori.

Malgré un jet-lag qui se fait sentir de plus en plus, Marion et moi nous participons avec bonheur à cette jam session qui ne dit pas son nom. Tout s’invente, se créé, en temps réel, en question-réponse, en dialogue et écoute. Bref, la même musique malgré tout durant toute la soirée.

Une soirée qui démontre aussi qu’Atlanta n’a strictement rien à envier aux autres grandes cités de la musique américaine, et n’a pas à rougir de la comparaison avec New Orleans, Chicago ou New York. Si vous allez aux USA, sortez des sentiers battus, arpentez la campagne, arrêtez vous dans les cafés des bords de route, arrêtez vous à Atlanta. La musique, le Blues, le Jazz, la Country seront tous au rendez-vous.

PS : Merci à Martin Sarrazac pour les photos prisent en "contexte".



1 Message

  • Musical Journey in Southern USA round 3 21 octobre 2012 20:59, par Sun

    Bonjour Raphael,

    Mon fiancé vous a vu au High Museum le vendredi 19 octobre, et il a adoré votre musique. Il a mentionné que vous performez assez régulièrement au Duc des Lombards à Paris. Mon fiancé sera à Paris entre le 10 et le 18 novembre et souhaite savoir si vous serez à Paris entre ces dates pour venir vous voir !

    Merci de m’informer de votre agenda, il sera très ravi d’assister à un de vos concerts à Paris.

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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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