Raphaël Imbert

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Musical Journey in USA round 2



le 30 avril 2011 
 IMPROTECH 
 
 USA 
 
 Emmanuel Parent 
 



Orage sur la Georgie

 

Bluegrass

Par Emmanuel Parent (photos et texte)

Une heure du matin, l’orage que nous attendions éclate enfin. Une pluie lourde balaie les voitures sur le parking du motel. À 600 km de là, l’orage qui nous passe dessus est une tornade extrêmement brutale qui fera plusieurs dizaines de morts dans l’Alabama, à Tuscalusa, où nous sommes passés il y a deux jours. Aujourd’hui, nous revenons de la montagne, les Appalaches, à 1h30 au nord-est d’Athens. Nous sommes allés à Lavonia, chez un vieux musicien blanc, Ed Teague, banjoiste de Old Time music. À 89 ans, il est un des oldtimer connus de la région. Avec lui dans sa maison, nous attendait sa femme, Hazel, une amie, et deux autres vieux musiciens. Roy Tench au Fiddle, le violon populaire, et Lawton Dyer, guitare et vocals.

C’est nos hôtes, Art Rosenbaum et sa femme Margo, qui nous y ont emmené. D’origine new-yorkaise, Art est peintre et ancien prof des beaux-arts. Il est aussi musicien, à la collection de banjos hallucinante (voir Imbert 2010). Il collecte les musiques traditionnelles américaines depuis bientôt 50 ans et a édité plusieurs albums en France chez Dixiefrog. Il nous associe ce jour-là à une session incroyable, avec trois des plus vieux old timer des États-Unis.

Art est déjà venu chez Ed Teague il y a un mois, et a enregistré 12 chansons. Les petits vieux s’installent, échangent quelques mots très durs à comprendre. Art commence en faisant écouter les morceaux de la session précédente, au son parfait. L’acoustique, à laquelle nous allons assister de nouveau dans ce petit salon, est comme annoncée par cette simulation phonographique étrange, qui sert de prélude. Les trois musiciens semblent acquiescer le travail de Art sans parler, mais en se regardant. Cela dure trois minutes. Ils se mettent à jouer rapidement et le travail peut commencer.

Nous filmons nous aussi. Ils sont heureux de transmettre leur musique qu’ils aiment tant. Les tunes s’enchaînent. Les départs sont étranges, parfois lancés par un simple coup d’archet de Roy, sans que le tempo soit explicité. Il peut y avoir un flottement de quelques temps, mais ce n’est pas grave : une fois qu’ils se sont tous retrouvés sur le même tempo, la mécanique est lancée, implacable. Le poumon du rock and roll paraît être en marche.

Ed au banjo dirige discrètement le groupe. La voix du bonhomme est moins puissante mais toujours aussi profonde. Il joue les tunes avec énormément de plaisir, mais souvent en version instrumentale. Et lorsqu’ils terminent un morceau, Ed se met à le chanter sur un ou deux couplets. Comme pour l’apprécier dans sa version la plus simple, sans toutes les lignées mélodiques qui l’habillent, simplement suggérées. C’est tellement fragile que le moindre événement sonore (bruits de micro, de chaise, toux, mouvement) le fait s’arrêter. Black Eyed Susie, par exemple, sera magnifique.

Sa femme nous invite au café dans la cuisine qui donne sur la terre rouge de Géorgie où sont garées les pick-up des compères, aux plaques d’immatriculation stylées, comme celle de Ed qui glorifie la Old Time Music, où celle de Roy qui rappelle qu’il a fait le débarquement en Normandie, il y a 67 ans maintenant. En dégustant des tartes et notre café, nous parlons des styles de banjos des grands-pères de Ed et de Roy. Ed nous dit : « Le style de mon grand-père était superbe. J’aimerai jouer comme lui mais c’est impossible. Tout le monde a sa propre voie, son propre style. » Visage paradoxal du gardien de la tradition. Roy nous parle aussi de lui. Il a appris le fiddle avec son père, en le regardant faire, assis par terre dans sa maison quand il avait 6 ans. Rien de plus à ajouter.

La musique recommence. Raphaël joue une mélodie jazz avec les vieux hommes qui sourient quand ils tombent ensembles sur des notes avec le saxophone. Raphaël discute avec Roy. Il me fait remarquer, en revenant, la bague au compas et à l’équerre que Roy porte discrètement, signant son appartenance à une loge maçonnique. Raphaël n’en croit pas ses yeux, et il revient de ces montagnes avec une pièce de choix pour ses travaux en cours sur spiritualité et musique.

Nous repartons sur des discussions chaleureuses et des photos. Sur la terrasse de sa maison où il fume son cigare, Ed me dit : « You know I’ve met a lot of people from all around the world who came to see me and hear my music. » Ed à l’accent du Sud : « I’ve done lost this song », dit-il, les yeux d’un bleu glacial et avec un regard qui semble transpercer les parois en bois de cette vieille maison, quand il ne parvient plus à chanter un de ses vieux tunes. Nous laissons ces petits vieux à leurs discussions et chansons d’un autre temps, que les musiciens d’aujourd’hui, en bas des montagnes à Athens, font revivre d’une autre manière, mais avec un sens aigu de l’héritage.



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Musicien autodidacte né en 1974, Raphaël Imbert poursuit un chemin atypique (...)

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